Actualité · Droit et économie de la presse · 8 octobre 2026AI Act : ce que l'article 50 impose pour signaler les contenus générés par IA, et l'exception du contrôle éditorial

Depuis le 2 août 2026, l'article 50 de l'AI Act, le règlement européen sur l'intelligence artificielle, impose de signaler les hypertrucages et les textes générés par IA publiés pour informer le public sur des questions d'intérêt public. Les fournisseurs d'IA générative doivent aussi marquer ce que produisent leurs outils. Les textes relus et validés sous une responsabilité éditoriale échappent à l'étiquette, pas les images ni les vidéos.

Contre-plongée sur la façade incurvée et vitrée du Berlaymont, siège de la Commission européenne à Bruxelles, sous un ciel blanc.
Le Berlaymont, siège de la Commission européenne, à Bruxelles. Photo : Fuse Brussels (Unsplash), via Wikimedia Commons, domaine public (CC0)

Les repères

L'article 50 de l'AI Act en quatre repères

  • 2 août 2026entrée en application de l'article 50, pour les fournisseurs comme pour les utilisateurs professionnels
  • 2 déc. 2026date limite de marquage pour les outils génératifs mis sur le marché avant le 2 août 2026
  • 15 M€ou 3 % du chiffre d'affaires annuel mondial : amende maximale, le montant le plus élevé étant retenu
  • 192signataires de la partie « déployeurs » du code de bonnes pratiques au 24 septembre 2026

Sources : AI Act, articles 99, 111 (paragraphe 4) et 113, modifiés par le règlement (UE) 2026/1744 ; Commission européenne, 24 septembre 2026. Pour les PME et les petites entreprises à moyenne capitalisation, le montant le plus faible est retenu.

Le texte

Qui doit signaler quoi, et depuis quand

Le règlement (UE) 2024/1689, entré en vigueur le 1er août 2024, distingue deux acteurs. Le fournisseur développe l'outil d'IA et le met sur le marché. Le déployeur l'utilise sous sa propre autorité, hors usage personnel non professionnel : un éditeur, une marque, une collectivité. Dans un média, le déployeur est l'entreprise, pas chacun de ses journalistes, précise la Commission.

Le terme

Hypertrucage

en anglais deep fake ; AI Act, article 3, point 60

« Une image ou un contenu audio ou vidéo généré ou manipulé par l'IA, présentant une ressemblance avec des personnes, des objets, des lieux, des entités ou événements existants et pouvant être perçu à tort par une personne comme authentiques ou véridiques ».

Source : règlement (UE) 2024/1689, EUR-Lex

  • Le marquage technique (paragraphe 2). Les fournisseurs d'IA générative marquent sons, images, vidéos et textes « dans un format lisible par machine ». Les outils lancés avant le 2 août 2026 ont jusqu'au 2 décembre 2026.
  • Les hypertrucages (paragraphe 4, premier alinéa). Le déployeur indique que le contenu, image, son ou vidéo, a été généré ou manipulé par une IA. Pour une œuvre ou un programme « manifestement artistique, créatif, satirique, fictif ou analogue », il suffit de signaler ces contenus d'une manière qui n'en gêne pas la jouissance.
  • Les textes d'intérêt public (paragraphe 4, second alinéa). Le déployeur qui publie un texte généré ou manipulé par une IA « dans le but d'informer le public sur des questions d'intérêt public » l'indique, sauf exception éditoriale.
  • Les agents conversationnels (paragraphe 1). L'utilisateur doit savoir qu'il échange avec une IA, sauf si c'est évident.

L'information est donnée « de manière claire et reconnaissable au plus tard au moment de la première interaction ou de la première exposition », sous une forme accessible (paragraphe 5). Pour l'article 50, l'omnibus numérique sur l'IA, publié au Journal officiel de l'UE le 24 juillet 2026, s'est borné à accorder le délai du 2 décembre et à réécrire le paragraphe 7, sur les codes de bonnes pratiques.

Sources : AI Act, articles 3, 50 et 113 ; règlement (UE) 2026/1744 ; lignes directrices de la Commission, point 14.

L'exception éditoriale

Un texte relu par une rédaction : pas d'étiquette, à deux conditions

L'obligation ne vise pas le texte qui « a fait l'objet d'un processus d'examen humain ou de contrôle éditorial » quand « une personne physique ou morale assume la responsabilité éditoriale de la publication ». Les lignes directrices de la Commission, publiées le 20 juillet 2026 en anglais, précisent ces deux conditions cumulatives.

Une vraie relecture, faits vérifiés

La vérification des faits est « a minimum requirement », une exigence minimale. Une correction orthographique ou grammaticale, l'existence d'une charte éditoriale, une relecture automatisée ou une validation de pure forme ne suffisent pas. Et si une IA retouche le texte après la validation, l'exception tombe.

Un responsable identifié

Une personne, une rédaction ou la société éditrice répond juridiquement de la publication, et son identité est facile à trouver, par exemple dans les mentions légales. Les médias peuvent s'appuyer sur leurs procédures éditoriales existantes.

Ce qui entre dans le champ, et ce qui n'y entre pas

Selon la Commission, un résumé généré par IA d'un article de journal, ou un rapport d'une société cotée destiné aux investisseurs, entrent dans le champ. Un roman, ou la publicité et les descriptions de produits, sauf allégations de santé, de sécurité ou de durabilité, n'y entrent pas.

L'exception éditoriale ne vaut pas pour les images, les sons et les vidéos. Un hypertrucage publié par un média reste à signaler, même validé par sa rédaction. La Commission range parmi les hypertrucages le clonage par IA de la voix des présentateurs d'un podcast d'information, et estime qu'une retouche importante par IA de l'arrière-plan de photos de presse, au-delà des pratiques techniques et éditoriales habituelles, peut en faire un.

Sources : AI Act, article 50, paragraphe 4 ; lignes directrices de la Commission, C(2026) 5054, points 116, 131 et 133 à 140.

Mise en œuvre

Un code de bonnes pratiques et trois icônes européennes

Le code de bonnes pratiques sur le marquage et l'étiquetage des contenus générés par l'IA, publié le 10 juin 2026, a été jugé adéquat par la Commission le 8 juillet et par le Comité européen de l'IA le lendemain. Il est volontaire, et y adhérer ne constitue pas une preuve concluante de conformité, prévient la Commission. Il s'accompagne de trois icônes européennes facultatives et libres d'usage : une icône de base, une pour les contenus entièrement générés par IA, une pour les contenus en partie modifiés.

Qui contrôlera en France

Au 8 octobre 2026, la désignation n'est pas achevée. Le projet de loi d'adaptation au droit de l'Union, adopté par le Sénat le 18 février 2026 et en première lecture à l'Assemblée nationale, confierait le contrôle de l'article 50 à la DGCCRF et à l'Arcom, et celui de la reconnaissance des émotions et de la catégorisation biométrique (paragraphe 3) à la CNIL. Pour la Commission, la désignation de la DGCCRF comme point de contact reste en attente d'adoption définitive.

Sources : Commission européenne, communiqué du 10 juin 2026, avis du 9 juillet 2026, icônes, autorités de surveillance ; Sénat, projet de loi n° 118 (2025-2026).

Ce que cela change

Ce que cela change pour une rédaction ou une marque

Pour une rédaction

  • Formaliser la relecture. Un texte produit avec l'IA et publié sans étiquette doit avoir été vérifié sur le fond, puis validé, sans retouche automatique ensuite.
  • Rendre visible le responsable éditorial dans les mentions légales.
  • Étiqueter tout visuel ou son réaliste généré par IA : l'exception éditoriale ne couvre que les textes. L'article sur ce que dit la loi sur les deepfakes détaille les autres règles.

Pour une marque

  • Distinguer publicité et information. Une fiche produit écrite avec l'IA échappe en principe à l'étiquetage des textes ; un rapport destiné aux investisseurs, non.
  • Signaler les visuels trompeurs. Un dirigeant recréé en avatar réaliste, ou un produit embelli par l'IA au point d'induire en erreur, sont des hypertrucages selon la Commission.

Google demande lui aussi de relire à la main les contenus générés par IA. Les contenus que nous produisons pour nos clients sont sourcés, vérifiés et relus, qu'il s'agisse d'un desk d'actualité externalisé ou de contenus de marque. Pour en parler, parlez-nous de votre projet.

Questions fréquentes sur l'AI Act et les contenus générés par IA

Que dit l'article 50 de l'AI Act ?

L'article 50 du règlement européen sur l'IA impose la transparence. Les fournisseurs d'IA générative marquent les contenus produits dans un format lisible par machine. Ceux qui s'en servent pour diffuser des hypertrucages, ou des textes publiés pour informer le public sur des questions d'intérêt public, doivent le signaler.

Depuis quand faut-il signaler un contenu généré par IA ?

Depuis le 2 août 2026. Les fournisseurs d'outils génératifs lancés avant cette date ont jusqu'au 2 décembre 2026 pour leur marquage technique. Selon la Commission, les contenus antérieurs n'ont pas à être étiquetés après coup, mais un texte généré avant le 2 août et publié après doit l'être.

Un article écrit avec l'aide de l'IA doit-il porter une mention ?

Pas s'il a été relu sur le fond, faits vérifiés, par une personne compétente, et si une personne ou une société assume la responsabilité éditoriale de sa publication. Sinon, un texte généré par IA et publié pour informer le public sur des questions d'intérêt public doit être signalé.

Qu'est-ce qu'un hypertrucage au sens de l'AI Act ?

Une image, un son ou une vidéo générés ou manipulés par l'IA, qui ressemblent à des personnes, des lieux ou des événements existants et peuvent être pris à tort pour authentiques. Celui qui le crée avec un outil d'IA et le diffuse doit en signaler l'origine artificielle, même après validation par une rédaction.

Quelles sanctions en cas de manquement à l'article 50 ?

Jusqu'à 15 millions d'euros ou 3 % du chiffre d'affaires annuel mondial, le montant le plus élevé étant retenu ; pour les PME et les petites entreprises à moyenne capitalisation, le plus faible. En France, les autorités de contrôle n'étaient pas encore définitivement désignées au 8 octobre 2026.

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