Actualité · Information et désinformation · 26 octobre 2026IA générative dans la communication publique : ce que révèle l'enquête de Data Publica et Cap'Com
L'Observatoire Data Publica et Cap'Com ont interrogé, d'avril à mai 2026, 219 collectivités et établissements publics locaux sur leur usage de l'IA générative en communication. Les résultats, présentés le 2 octobre 2026 aux Rencontres nationales de la communication numérique à Rennes et publiés par Cap'Com le 14 octobre, décrivent un usage massif, majoritairement gratuit et peu encadré : 87 % des répondants citent un gain de temps, surtout pour l'éditorial, 8 % seulement des organisations financent des licences, 80 % n'ont aucun cadre d'usage propre aux métiers de la communication et 87 % aucun dispositif d'évaluation. Ce que disent les chiffres, et ce qu'ils impliquent pour une direction de la communication, publique ou privée.
Les usages
Un usage massif, surtout gratuit : 137 cas d'usage recensés
L'enquête recense 137 cas d'usage de l'IA générative dans les services de communication locaux. 70 % des responsables de la communication interrogés estiment que la moitié au moins de leurs collaborateurs utilisent des outils d'IA générative, dont 33 % « tous ou presque tous » ; 4 % répondent « aucun ». Pour l'éditorial, les outils cités sont ChatGPT, Claude, Mistral ou Gemini ; pour la création visuelle, Adobe AI ou Canva AI, entre autres. Cette utilisation s'appuie « en grande majorité sur les versions gratuites », écrit Cap'Com : 58 % des 137 cas d'usage reposent sur un outil gratuit, et le coût est inconnu pour 23 % d'entre eux. Seules 8 % des organisations financent des licences.
Les apports perçus sont d'abord éditoriaux. 87 % des répondants citent un gain de temps, qui concerne surtout le rédactionnel et l'éditorial, 58 % une aide à la créativité et à la recherche d'idées, 58 % aussi une amélioration de la qualité rédactionnelle, 34 % une meilleure réactivité ou productivité des équipes. Parmi les 137 cas d'usage, 72 % visent à enrichir la production éditoriale et 32 % la production visuelle ; pour 27 % des cas d'usage de création visuelle, les répondants citent une baisse du recours aux prestataires externes. La réduction des coûts n'est citée que par 12 % des répondants.
Ce dernier chiffre mérite attention : 87 % des répondants citent un gain de temps, 12 % seulement une réduction des coûts, et pour 56 % d'entre eux l'impact de l'IA générative sur l'activité de leur direction est « réel mais limité ». L'Observatoire Data Publica relève toutefois un recul du recours à certaines prestations, « réinternalisées grâce à l'IA ». L'enquête ne dit pas à quoi est employé le temps gagné.
Sources : Cap'Com, résultats de l'enquête, 14 octobre 2026 ; Observatoire Data Publica et Cap'Com, présentation des résultats, 2 octobre 2026.
La gouvernance
Des chartes générales, mais pas de cadre pour la communication
Le contraste est net entre la gouvernance générale et la pratique des services communication. 57 % des répondants ont lancé une démarche pour piloter et encadrer le recours à l'IA. Parmi ces 126 organisations, 94 % ont adopté ou préparent un cadre d'usage interne, une charte par exemple, 49 % une stratégie ou une feuille de route, et 48 % proposent un programme d'acculturation ou de formation. Mais, sur l'ensemble des répondants, 80 % n'ont pas de cadre d'usage spécifique à la communication, et 87 % n'ont mis en place aucun dispositif d'évaluation ou de suivi des usages réels.
Les obstacles rencontrés lors des tests ou des premiers déploiements vont dans le même sens. Arrivent en tête le manque de compétences (44 %), le manque de confiance dans l'IA (43 %), le peu de formations disponibles (34 %), le coût des licences ou le budget (33 %) et les obstacles juridiques liés aux droits d'auteur (32 %).
Un signal intéressant vient des marchés publics : 29 % des répondants intègrent des clauses relatives à l'IA dans leurs marchés avec les prestataires de communication. Ces clauses imposent souvent la confidentialité des données et peuvent interdire l'IA pour certaines prestations, comme les reportages photo ou la traduction ; un répondant cite à l'inverse une campagne dont les visuels devaient être réalisés par IA.
Ces résultats prolongent le baromètre 2025 de l'Observatoire Data Publica, présenté au Forum Cap'Com d'Angers : près de 49 % des collectivités de plus de 3 500 habitants avaient engagé un projet d'IA en 2025, contre 36 % en 2024 ; parmi les collectivités qui expérimentent l'IA, 84 % utilisaient l'IA générative, contre 52 % un an plus tôt, et 89 % des communes qui expérimentent l'IA y avaient recours ; 46 % exprimaient une méfiance envers la fiabilité des systèmes, et 57 % de celles qui avaient commencé travaillaient à un document d'encadrement. Lors d'un sondage en salle à Angers, 83 % des communicants présents utilisaient l'IA à titre professionnel et 18 % disposaient d'un cadre d'usage clairement posé.
Sources : Cap'Com, « L'IA dans la com des collectivités : entre opportunités et vigilance » ; Observatoire Data Publica, baromètre 2025.
Le cadre juridique
Ce que le droit impose déjà aux communicants publics
L'enquête ne porte pas sur le droit, mais trois textes encadrent déjà ces usages, et les incertitudes juridiques citées par 32 % des répondants y trouvent des réponses partielles.
Depuis le 2 août 2026, l'article 50 du règlement européen sur l'IA (AI Act) impose aux utilisateurs professionnels d'IA de signaler les hypertrucages, images, sons ou vidéos réalistes générés ou manipulés par IA, même validés par une rédaction. Il impose aussi de signaler les textes générés ou manipulés par IA et publiés pour informer le public sur des questions d'intérêt public, sauf si ces textes ont fait l'objet d'un examen humain ou d'un contrôle éditorial et qu'une personne physique ou morale assume la responsabilité éditoriale de leur publication. Nous l'avons détaillé dans AI Act : signaler les contenus générés par IA. Un magazine municipal ou un site de collectivité qui publie un tel texte doit donc soit l'avoir vérifié sur le fond et le publier sous sa responsabilité éditoriale, soit indiquer qu'il a été généré par IA.
La protection des images générées par IA au titre du droit d'auteur reste incertaine, et la Commission européenne consulte jusqu'au 10 novembre 2026, selon sa page mise à jour le 27 octobre, sur l'articulation entre IA et droit d'auteur (notre article). Les clauses qui interdisent l'IA pour les reportages photo dans les marchés publics relèvent de cette prudence : une photo de terrain réalisée par un photographe s'inscrit dans un cadre connu, avec une cession des droits prévue au marché et le droit à l'image des personnes photographiées, et ne laisse pas de doute sur l'authenticité de la scène.
Enfin, l'obligation d'accessibilité numérique (RGAA) s'applique aux contenus produits avec l'IA comme aux autres : un texte alternatif généré automatiquement doit être relu, et des sous-titres générés doivent être vérifiés (notre guide RGAA).
Ce que cela change
Ce que cela change pour une direction de la communication
Les enseignements valent pour une collectivité comme pour une marque : lors du Forum d'Angers, Laura Bokobza, ambassadrice du plan national « Osez l'IA », précisait que près de 85 % des marketeurs qui utilisent l'IA dans le privé disent gagner moins de 208 heures par an, soit cinq semaines, un chiffre qui n'a rien de révolutionnaire à ses yeux, rapporte Cap'Com.
- Écrire un cadre métier, pas seulement une charte. Un cadre d'usage général, comme une charte, est adopté ou en préparation dans 94 % des organisations engagées dans une démarche IA ; ce qui manque, c'est la règle opérationnelle : quels usages autorisés (reformulation, synthèse, traduction, premier jet), lesquels interdits (citations, chiffres, photos de personnes réelles), qui relit, qui signe.
- Garder la vérification humaine comme étape obligatoire. Aucun outil d'IA générative, gratuit ou payant, ne garantit l'exactitude de ses réponses. Une information de service public (horaire, démarche, tarif) publiée sans vérification peut engager la responsabilité de la collectivité. La méthode de vérification est la même que pour une rédaction : remonter à la source et recouper.
- Traiter la confidentialité avant l'usage. Une version gratuite peut réutiliser les données saisies. Les délibérations non publiées, les données personnelles d'habitants ou les documents de marchés n'ont rien à faire dans une requête adressée à un outil grand public.
- Mesurer. 87 % des répondants n'ont aucun dispositif d'évaluation ou de suivi de leurs usages réels. Un simple registre (outil, usage, volume, relecteur) permet déjà de rendre compte aux élus et d'ajuster les licences.
- Mettre en débat. Cap'Com prévoit de discuter ces résultats le 2 décembre 2026 au Forum de la communication publique, à Biarritz. Cap'Com a par ailleurs présenté le 15 octobre la 4e édition du Guide de la communication publique numérique de Franck Confino et Benjamin Teitgen (Territorial éditions, mars 2026), qui aborde aussi l'intelligence artificielle.
Pour une collectivité qui externalise une partie de sa production (magazine, actualités du site, lettre d'information), la question à poser au prestataire est simple : quels usages de l'IA, quelle relecture, quelles sources, et quelles images. Ces quatre points peuvent être écrits dans le contrat ou dans les clauses du marché, comme le font déjà 29 % des répondants de l'enquête avec des clauses relatives à l'IA.
Questions fréquentes sur l'IA générative en communication publique
Combien de collectivités utilisent l'IA générative en communication ?
Dans l'enquête de 2026, menée auprès de 219 collectivités et établissements publics locaux, 70 % des responsables de la communication estiment que la moitié au moins de leurs collaborateurs utilisent des outils d'IA générative ; 4 % répondent « aucun ». L'enquête recense 137 cas d'usage. Le baromètre Data Publica 2025 indiquait que 84 % des collectivités qui expérimentent l'IA utilisaient l'IA générative, et 89 % des communes qui l'expérimentent.
Un texte généré par IA dans un magazine municipal doit-il être signalé ?
Depuis le 2 août 2026, oui s'il est publié pour informer le public sur des questions d'intérêt public, sauf s'il a fait l'objet d'un examen humain ou d'un contrôle éditorial et qu'une personne physique ou morale, ici la collectivité, assume la responsabilité éditoriale de sa publication (AI Act, article 50, paragraphe 4). Une relecture de pure forme ne suffit pas : le texte doit avoir été vérifié sur le fond. Les images, sons ou vidéos réalistes générés par IA restent à signaler, même validés.
Peut-on interdire l'IA à un prestataire dans un marché public ?
Certaines collectivités le font déjà. Dans l'enquête, 29 % des répondants intègrent des clauses relatives à l'IA dans leurs marchés de communication : elles imposent souvent la confidentialité des données et vont parfois jusqu'à interdire l'IA pour certaines prestations, comme les reportages photo ou la traduction. La rédaction de ces clauses relève de l'acheteur public et de son service juridique.
Les outils gratuits posent-ils un problème particulier ?
Surtout la confidentialité des données saisies, que les clauses de marchés citées dans l'enquête cherchent à protéger. L'absence de garantie sur l'exactitude des réponses vaut, elle, pour tous les outils, gratuits ou payants. Le coût des licences est cité comme un obstacle par 33 % des répondants, et 8 % seulement des organisations en financent.
Sources
Les documents cités dans cet article
- Cap'Com, Nastassja Korichi, « Usages de l'IA par les communicants publics locaux : consultez les résultats complets de l'enquête », 14 octobre 2026 (mise à jour le 15 octobre).
- Cap'Com, Hugo Singrajphakd et Nathan Renault, « L'IA dans la com des collectivités : entre opportunités et vigilance », 29 janvier 2026 (Forum d'Angers, baromètre Data Publica 2025).
- Observatoire Data Publica, publications.
- Cap'Com, Andréane Lecarpentier, « Pages de com : “Le guide 2026 de la communication publique numérique” par Franck Confino et Benjamin Teitgen », 15 octobre 2026.
- EUR-Lex, « Règlement (UE) 2024/1689 (AI Act) », articles 50 et 113, version consolidée au 27 juillet 2026 après le règlement (UE) 2026/1744.
- Observatoire Data Publica et Cap'Com, « L'utilisation de l'IA générative par les communicant.e.s du service public local », présentation des résultats, Rennes, 2 octobre 2026.
- Observatoire Data Publica, « Baromètre 2025 ».
- Commission européenne, « Commission seeks feedback on challenges and way forward in the area of effect of technology on copyright », 29 septembre 2026, mis à jour le 27 octobre 2026.
À lire aussi sur 6medias.com : AI Act : signaler les contenus générés par IA, Contenu IA : ce que Google attend des éditeurs et notre guide Bulletin municipal : règles, contenu et méthode.
Documents lus le 26 octobre 2026. Les pourcentages sont ceux de la présentation des résultats de l'Observatoire Data Publica et de Cap'Com (Rennes, 2 octobre 2026), reprise par Cap'Com le 14 octobre ; l'enquête a été conduite d'avril à mai 2026. Cet article ne constitue pas un avis juridique. Une erreur ? Écrivez à contact@6medias.com.
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