Actualité · Information et désinformation · 8 octobre 2026Deepfake : ce que dit la loi en France et en Europe, du code pénal aux obligations des plateformes
En France, diffuser sans son consentement un deepfake représentant l'image ou les paroles d'une personne est puni d'un an de prison et de 15 000 euros d'amende, deux ans et 45 000 euros en ligne, sauf si son caractère artificiel est évident ou signalé. Depuis le 2 août 2026, l'AI Act impose aussi d'étiqueter les hypertrucages, et le DSA oblige les très grandes plateformes à en atténuer les risques.
Les repères
Les peines et les dates à connaître
- 2 ansde prison et 45 000 € d'amende pour un deepfake diffusé en ligne sans le consentement de la personne ni mention de son caractère artificiel
- 3 ansde prison et 75 000 € d'amende pour un deepfake à caractère sexuel diffusé en ligne
- 2 août 2026début de l'obligation d'étiqueter les hypertrucages dans l'Union européenne
- 48 hpour statuer : le délai du juge saisi d'une fausse information massive avant une élection générale
Sources : code pénal, articles 226-8 et 226-8-1 ; règlement (UE) 2024/1689, articles 50 et 113 ; code électoral, article L. 163-2 (Légifrance et EUR-Lex, lus le 8 octobre 2026).
En France
Ce que punit le code pénal depuis la loi SREN
La loi du 21 mai 2024 visant à sécuriser et à réguler l'espace numérique, dite loi SREN, a ajouté les contenus générés par l'IA à l'article 226-8 du code pénal, qui réprimait déjà les montages. Est puni le fait de porter à la connaissance du public ou d'un tiers « un contenu visuel ou sonore généré par un traitement algorithmique et représentant l'image ou les paroles d'une personne, sans son consentement, s'il n'apparaît pas à l'évidence qu'il s'agit d'un contenu généré algorithmiquement ou s'il n'en est pas expressément fait mention ».
- La peine est d'un an de prison et de 15 000 euros d'amende, portée à deux ans et 45 000 euros quand la diffusion passe par un service en ligne. Si le délit est commis par voie de presse, les responsables sont désignés selon les règles propres à la presse.
- Le deepfake à caractère sexuel relève de l'article 226-8-1, créé par la même loi : deux ans et 60 000 euros, trois ans et 75 000 euros en ligne. Ici, signaler que le contenu est artificiel n'exonère pas : seul compte le consentement de la personne représentée.
- L'usurpation d'identité (article 226-4-1) peut aussi s'appliquer, si le contenu vise à troubler la tranquillité d'une personne ou à nuire à son honneur.
Ces articles n'ont pas changé depuis 2024, mais une proposition de loi sur les violences sexuelles et sexistes, en discussion à l'Assemblée nationale au 8 octobre 2026, prévoit de punir aussi la création de deepfakes sexuels et la mise à disposition d'outils conçus pour en produire. Le texte peut encore évoluer.
Sources : Légifrance, article 226-8, article 226-8-1 et article 226-4-1 du code pénal ; loi n° 2024-449 du 21 mai 2024, articles 15 et 21 ; Assemblée nationale, dossier de la proposition de loi n° 3106.
Dans l'Union européenne
L'AI Act impose l'étiquette, le DSA engage les plateformes
Le terme
Hypertrucage
en anglais deepfake ; AI Act, article 3, point 60
« Une image ou un contenu audio ou vidéo généré ou manipulé par l'IA, présentant une ressemblance avec des personnes, des objets, des lieux, des entités ou événements existants et pouvant être perçu à tort par une personne comme authentiques ou véridiques ».
Source : règlement (UE) 2024/1689, EUR-Lex
L'AI Act : signaler, depuis le 2 août 2026
Hors usage personnel non professionnel, quiconque produit un hypertrucage avec un système d'IA doit indiquer que le contenu a été généré ou manipulé par une IA, dès la première exposition du public. Pour une œuvre manifestement artistique, satirique ou fictive, il suffit d'une mention qui n'en gêne pas la jouissance. Le manquement est passible d'une amende pouvant atteindre 15 millions d'euros ou 3 % du chiffre d'affaires mondial. À partir du 2 décembre 2026, l'AI Act interdira en outre les systèmes d'IA qui génèrent, sans son consentement, des images réalistes des parties intimes d'une personne identifiable ou la montrant dans des activités sexuellement explicites, et ceux qui génèrent des contenus pédocriminels. L'article de l'agence 6Médias sur l'AI Act et les contenus générés par IA détaille les obligations d'étiquetage.
Le DSA : marquer, signaler, retirer
Le règlement sur les services numériques (DSA) cite, parmi les mesures que peuvent prendre les très grandes plateformes pour atténuer les risques systémiques, « le recours à un marquage bien visible » pour qu'une image, un son ou une vidéo générés ou manipulés, qui ressemblent nettement à des personnes ou à des événements réels, soient reconnaissables (article 35). Tout hébergeur doit offrir un moyen électronique de signaler un contenu illicite (article 16) ; les plateformes en ligne traitent en priorité les notifications des « signaleurs de confiance » (article 22). En France, l'Arcom coordonne l'application du DSA.
Le 26 janvier 2026, la Commission européenne a ouvert une procédure formelle contre X : elle vérifie si la plateforme a évalué et atténué les risques liés à son outil d'IA Grok, dont la diffusion d'« images sexuellement explicites manipulées ». Cette ouverture ne préjuge pas de l'issue, rappelle la Commission.
Sources : AI Act, articles 3, 50, 99 et 113, modifiés par le règlement (UE) 2026/1744 ; DSA, articles 16, 22 et 35 ; LCEN, article 7 ; Commission européenne, communiqué du 26 janvier 2026.
Période électorale
Avant une élection : un juge en 48 heures et des étiquettes recommandées
Pendant les trois mois qui précèdent le premier jour du mois d'élections générales, et jusqu'au tour décisif, le juge des référés peut faire cesser la diffusion en ligne d'« allégations ou imputations inexactes ou trompeuses d'un fait de nature à altérer la sincérité du scrutin à venir », si elle est délibérée, artificielle ou automatisée et massive (article L. 163-2 du code électoral). Il statue en 48 heures. Selon le Conseil constitutionnel, le caractère inexact ou trompeur et le risque d'altération du scrutin doivent être manifestes. L'article L. 97 punit d'un an de prison et de 15 000 euros d'amende le fait de détourner des suffrages par de fausses nouvelles. Un projet de loi relatif à la lutte contre les ingérences étrangères, déposé au Sénat le 22 juillet 2026, étendrait ce référé à toutes les élections et porterait cette peine à trois ans et 45 000 euros.
Les lignes directrices électorales adressées par la Commission aux très grandes plateformes, en avril 2024, recommandent d'étiqueter clairement les hypertrucages. Depuis le 10 octobre 2025, le règlement européen sur la publicité politique impose d'identifier chaque annonce politique et, si elle est ciblée, de dire si un système d'IA a servi à la cibler ou à la diffuser. Les ingérences étrangères font l'objet d'un dispositif distinct, présenté dans l'article sur l'ingérence étrangère et la présidentielle 2027.
Sources : Légifrance, code électoral, article L. 163-2 et article L. 97 ; Conseil constitutionnel, décision n° 2018-773 DC du 20 décembre 2018 ; Commission européenne, lignes directrices C/2024/3014, point 40 ; règlement (UE) 2024/900, articles 11, 19 et 30 ; Sénat, projet de loi n° 913 (2025-2026).
Victime ou témoin
Comment signaler un deepfake
- Sur la plateforme d'abord, avec son outil de signalement, conseille la CNIL.
- Sur Pharos, le portail de la police et de la gendarmerie, pour les contenus illicites graves.
- Par une plainte au commissariat ou à la gendarmerie, en conservant des preuves, si le deepfake porte atteinte à la réputation ou sert à commettre un délit.
- Auprès de la CNIL, si le visage, la voix ou le nom sont utilisés sans accord ; cette plainte ne remplace pas la plainte pénale.
- Au 3018, numéro gratuit et anonyme réservé aux jeunes victimes de cyberharcèlement.
Sources : CNIL, « Hypertrucage (deepfake) : comment se protéger et signaler les contenus illicites ? », 3 février 2026 ; Service-public.fr, « Comment signaler un contenu illégal publié sur internet ? », vérifié le 7 janvier 2026, et « Cyberharcèlement (harcèlement sur internet) », vérifié le 7 août 2026.
Ce que cela change
Ce que cela change pour une rédaction ou une marque
- Vérifier avant de relayer. Diffuser sans son consentement le deepfake d'une personne, sans en signaler le caractère artificiel, peut tomber sous le coup de l'article 226-8, y compris pour un média.
- Étiqueter ses propres contenus. Une image, un son ou une vidéo réalistes produits avec l'IA, illustration d'article ou campagne de marque, se signalent depuis le 2 août 2026, même validés par une rédaction.
- Obtenir un consentement écrit avant de recréer l'image ou la voix d'une personne, dirigeant compris.
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Questions fréquentes sur les deepfakes et la loi
Un deepfake est-il illégal en France ?
Pas en soi. Diffuser sans son consentement un contenu généré par IA représentant l'image ou les paroles d'une personne est puni d'un an de prison et de 15 000 euros d'amende, deux ans et 45 000 euros en ligne, sauf si son caractère artificiel est évident ou mentionné (article 226-8 du code pénal).
Que risque-t-on pour un deepfake à caractère sexuel ?
Deux ans de prison et 60 000 euros d'amende, trois ans et 75 000 euros si le contenu est diffusé en ligne (article 226-8-1 du code pénal). Signaler que l'image est artificielle ne protège pas : seul le consentement de la personne représentée compte.
Faut-il signaler un contenu créé avec l'IA ?
Oui pour les hypertrucages : depuis le 2 août 2026, l'AI Act oblige quiconque produit avec l'IA, hors usage personnel, une image, un son ou une vidéo ressemblant à des personnes, des lieux ou des événements réels et pouvant passer pour authentiques à l'indiquer. Pour une œuvre manifestement artistique ou satirique, la mention reste due mais ne doit pas gêner l'œuvre.
Que doivent faire les plateformes contre les deepfakes ?
Le DSA oblige tout hébergeur à offrir un outil de signalement des contenus illicites. Les très grandes plateformes doivent aussi atténuer les risques systémiques, par exemple en marquant de façon bien visible les images, sons et vidéos générés ou manipulés.
Où signaler un deepfake ?
D'abord sur la plateforme qui l'héberge, puis sur Pharos pour les contenus illicites graves. La victime peut porter plainte au commissariat ou à la gendarmerie, et saisir la CNIL si son visage ou sa voix sont utilisés sans accord. Le 3018 conseille les jeunes victimes de cyberharcèlement.
Sources
Les documents cités dans cet article
- Légifrance : code pénal, article 226-8, article 226-8-1 et article 226-4-1 ; loi n° 2024-449 du 21 mai 2024 visant à sécuriser et à réguler l'espace numérique ; code électoral, article L. 163-2 et article L. 97 ; loi n° 2004-575 (LCEN), article 7.
- EUR-Lex : règlement (UE) 2024/1689 sur l'intelligence artificielle et règlement (UE) 2026/1744 du 8 juillet 2026 ; règlement (UE) 2022/2065 sur les services numériques ; lignes directrices électorales C/2024/3014, 26 avril 2024 ; règlement (UE) 2024/900 sur la publicité politique.
- Commission européenne, « La Commission enquête sur les systèmes de recommandation de Grok et de X au titre du règlement sur les services numériques », 26 janvier 2026.
- Conseil constitutionnel, décision n° 2018-773 DC du 20 décembre 2018, loi relative à la lutte contre la manipulation de l'information.
- Assemblée nationale, proposition de loi n° 3106, texte de la commission du 23 septembre 2026 ; Sénat, projet de loi relatif à la lutte contre les ingérences étrangères dans la vie démocratique, n° 913 (2025-2026), et avis du Conseil d'État du 16 juillet 2026.
- CNIL, « Hypertrucage (deepfake) : comment se protéger et signaler les contenus illicites ? », 3 février 2026 ; Service-public.fr, fiches F31979 (signaler un contenu illégal) et F32239 (cyberharcèlement).
Textes lus le 8 octobre 2026. Cet article décrit le droit applicable à cette date et ne constitue pas un conseil juridique. Une erreur ? Écrivez à contact@6medias.com.
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