Actualité · Droit et économie de la presse · 26 octobre 2026Meta reporte au 20 novembre ses conditions autorisant l'exploration des sites des comptes pro
Début octobre 2026, Meta a notifié aux titulaires de comptes professionnels sur Facebook, Instagram, WhatsApp et Threads de nouvelles conditions commerciales, applicables le 30 octobre. Une clause autorise ses « logiciels automatisés » à explorer les domaines, pages et URL « associés » à l'activité du compte, et à utiliser leur contenu pour « fournir, développer, améliorer, rechercher » ses produits. Le 16 octobre, Meta a retiré le mot « entraîner » et limité ces usages à ses produits publicitaires et commerciaux ; le 23 octobre, l'entreprise a repoussé l'entrée en vigueur au 20 novembre. Éditeurs et juristes y voient toujours une autorisation de collecte à grande échelle, et la Commission européenne comme l'autorité britannique de la concurrence suivent le dossier. Ce qu'il faut savoir, et ce qu'un éditeur, une marque ou une collectivité peut faire d'ici là.
Le texte
Ce que disent les nouvelles conditions
Le 15 octobre 2026, Nieman Lab (fondation Nieman, université Harvard) a révélé le contenu d'une mise à jour des conditions commerciales de Meta, annoncée par un billet de blog et une notification dans Meta Business Suite. Elle concerne les comptes professionnels, qui permettent de gérer depuis un même espace des pages Facebook, des comptes Messenger ou Threads, des profils Instagram ou des chaînes WhatsApp, et plus largement tout usage professionnel des produits Meta : gestion d'une page ou d'un groupe, publicité, Meta Business Suite, « quel que soit le type d'entité », précise le texte. Selon Nieman Lab, presque toutes les rédactions ont au moins un compte de ce type.
Selon le texte cité par Nieman Lab, l'utilisateur « autorise » Meta, ou toute entité agissant pour son compte, à « utiliser des logiciels automatisés » pour accéder aux domaines, pages ou URL « associés à vos produits ou services », les explorer, les indexer et les analyser. Le contenu ainsi collecté peut servir à « fournir, développer, améliorer, rechercher » et, dans la version initiale, « entraîner » les produits et services de Meta. La seule option de refus indiquée consiste à cesser tout usage des produits Meta « à des fins professionnelles ou commerciales ». Le texte mentionne aussi la possibilité pour Meta de créer des « identifiants de test », ce que le professeur James Grimmelmann (Cornell Law School) lit comme un moyen de franchir des murs d'inscription.
Le 16 octobre, Meta a retiré le mot « entraîner » et limité l'usage des contenus collectés à la publicité et aux produits destinés aux entreprises. Le 23 octobre, l'entreprise a reporté l'entrée en vigueur du 30 octobre au 20 novembre 2026, « pour expliquer ce qui change et ce qui ne change pas ». Selon Nieman Lab, aucune version du texte ne mentionne le respect du fichier robots.txt, et, au 23 octobre, Meta n'avait rien modifié d'autre que la date d'entrée en vigueur.
Sources : Nieman Lab, 15 octobre 2026 ; Nieman Lab, 23 octobre 2026.
Les oppositions
Qui s'y oppose, et sur quel fondement
En quelques jours, l'opposition s'est organisée des deux côtés de l'Atlantique.
Aux États-Unis, la News/Media Alliance, qui représente des milliers d'organisations de presse américaines et canadiennes, a écrit le 22 octobre à Mark Zuckerberg pour demander la suspension des conditions avant le 30 octobre, au motif que les éditeurs seraient conduits à alimenter des produits qui leur feront concurrence auprès des lecteurs et des annonceurs, sans rémunération. La WAN-IFRA, association mondiale des éditeurs de presse, a adressé le même jour une lettre similaire à Joel Kaplan, directeur des affaires mondiales de Meta.
En Europe, des associations d'éditeurs ont adressé à la Commission européenne une lettre commune invoquant de possibles violations du règlement sur les marchés numériques (DMA) ; deux associations allemandes demandent l'interdiction de l'entrée en vigueur tant qu'un examen complet n'a pas été mené. La Commission a salué le report et s'est dite déterminée à ce que Meta respecte toutes ses obligations, y compris l'article 102 du TFUE (abus de position dominante) et le DMA. Elle a ajouté avoir envoyé ses premières demandes formelles d'information au titre du règlement sur l'IA (AI Act), notamment aux fournisseurs qui n'ont pas publié le résumé des données d'entraînement de leurs modèles, sans préciser si Meta en fait partie. Au Royaume-Uni, l'autorité de la concurrence (CMA) a écrit à Meta et indique poursuivre son examen des conditions.
Les juristes interrogés par Nieman Lab convergent. Matt Topic (cabinet Loevy & Loevy) estime que les éditeurs doivent partir du principe que Meta met ce délai à profit soit pour trouver un nouveau moyen d'obtenir un accès gratuit à des contenus protégés, soit pour renoncer sous la pression. Benjamin Sobel (université du Wisconsin) rapproche le dispositif de la « vente liée » du droit de la concurrence : l'accès aux produits conditionné à l'acceptation de la collecte. Thomas Höppner, professeur et avocat spécialisé en droit de la concurrence en Allemagne, y voit « à première vue » une infraction au droit de la concurrence de l'Union européenne et redoute que le report serve à affaiblir l'urgence d'éventuelles mesures conservatoires devant les tribunaux.
En France, l'Autorité de la concurrence a enjoint à Meta le 8 juillet 2026, par des mesures conservatoires, de négocier de bonne foi les droits voisins avec l'APIG et la société DVP, qui représentent des éditeurs et des agences de presse ; ces deux décisions font l'objet d'un recours. Nous l'avons détaillé dans Droits voisins de la presse : l'Autorité de la concurrence enjoint Meta de négocier. La nouvelle clause pose la même question sous une autre forme : une autorisation d'usage obtenue par les conditions générales peut-elle se substituer à l'autorisation préalable et à la rémunération prévues par la loi n° 2019-775 du 24 juillet 2019 sur les droits voisins ?
Sources : Nieman Lab, 23 octobre 2026 (Commission, CMA, Matt Topic, Thomas Höppner, lettres) ; Nieman Lab, 15 octobre 2026 (Benjamin Sobel) ; Begeek, 26 octobre 2026 ; Autorité de la concurrence, communiqué du 8 juillet 2026.
La réponse de Meta
La position de Meta : robots.txt et « rien ne change »
Un porte-parole de Meta a expliqué que les règles d'exploration figuraient auparavant dans plusieurs textes distincts, dont les conditions relatives à l'IA générative dans les publicités, et que la mise à jour les regroupe. Selon lui, la façon dont Meta explore les sites des éditeurs ne changera pas, et les propriétaires de sites gardent la possibilité de contrôler l'accès de ses robots via leur fichier robots.txt. Meta a refusé de dire si ces « identifiants de test » lui permettraient de franchir les murs payants.
La documentation développeurs de Meta décrit cinq robots : facebookexternalhit (aperçu des liens partagés), meta-webindexer (résultats et citations de Meta AI), meta-externalads (publicité et produits pour les entreprises), meta-externalagent (entraînement des modèles d'IA et indexation) et meta-externalfetcher (récupération d'une page à la demande d'un utilisateur). Elle précise que deux d'entre eux peuvent contourner robots.txt : meta-externalfetcher, parce qu'il agit à la demande d'un utilisateur, et facebookexternalhit, lors de vérifications de sécurité ou d'intégrité. Les modifications de ce fichier peuvent demander jusqu'à 24 heures pour être prises en compte.
Source : Meta for Developers, robots d'indexation.
Que faire d'ici le 20 novembre
Ce que peuvent faire un éditeur, une marque ou une collectivité avant le 20 novembre
Le report ne change pas le texte. D'ici le 20 novembre, quatre actions relèvent du bon sens, quel que soit le secteur.
- Inventorier les comptes professionnels et les domaines « associés ». La clause vise les sites liés aux produits ou services du compte. Pour un groupe de presse, cela peut couvrir tous les titres ; pour une marque, le site institutionnel et les sites de campagne ; pour une collectivité, le site de la ville et ceux de ses établissements.
- Décider, robot par robot, ce que l'on autorise. Le fichier robots.txt permet de demander le blocage de meta-externalagent (entraînement), meta-externalads (publicité) et meta-webindexer (Meta AI) avec une directive
Disallowpar user-agent ; bloquer meta-webindexer revient aussi à renoncer aux liens vers son site dans les réponses de Meta AI. meta-externalfetcher, lui, peut contourner robots.txt, selon Meta. Bloquer facebookexternalhit priverait les liens partagés sur Facebook de leur aperçu (titre, description, vignette) : c'est déconseillé. Il faut garder en tête que robots.txt est une demande, non une barrière technique, et que, selon Reuters, cité par Begeek, plusieurs robots d'entreprises d'IA ignorent régulièrement ces consignes. - Rapprocher la clause des contrats existants. Un éditeur signataire d'un accord de droits voisins avec Meta, ou en négociation, doit vérifier que la nouvelle autorisation n'élargit pas, sans contrepartie, le périmètre d'usage de ses contenus. Il peut être utile de se rapprocher de son organisation professionnelle (l'Alliance de la presse d'information générale, ou APIG, le SEPM ou la FNPS, par exemple) ou de la société de gestion collective DVP.
- Documenter. Conserver la notification reçue dans Business Suite, les versions successives des conditions et la configuration du robots.txt datée : si un contentieux ou une plainte devant un régulateur s'ouvre, ces pièces compteront.
Pour une marque ou une collectivité, l'enjeu est différent de celui de la presse, mais réel : les contenus du site (fiches produits, communiqués, délibérations, photos sous licence) seraient réutilisables par Meta pour ses produits publicitaires, sans accord spécifique. Il est prudent de vérifier que les licences des photographes et des agences autorisent un tel usage, ou de bloquer les robots concernés.
Questions fréquentes sur les conditions commerciales de Meta
Peut-on refuser la clause sans fermer ses comptes ?
Pas dans le texte actuel : l'unique option indiquée est de cesser tout usage professionnel des produits Meta. Restent robots.txt, que Meta dit respecter sans que le texte le prévoie, et la pression collective exercée auprès des régulateurs.
Le retrait du mot « entraîner » suffit-il ?
Pour les juristes interrogés par Nieman Lab le 17 octobre, non. Le texte révisé autorise toujours la collecte et l'usage des contenus pour « fournir, développer, améliorer, rechercher et maintenir des produits publicitaires et commerciaux » ; pour Matt Topic, « développer » est assez large pour inclure l'entraînement. Par ailleurs, indépendamment de ces conditions, la documentation de Meta indique que son robot meta-externalagent explore le Web notamment pour entraîner des modèles d'IA.
Les sites avec mur payant sont-ils protégés ?
Meta a refusé de répondre à cette question, selon Nieman Lab. Le texte l'autorise à créer des « identifiants de test », ce que le juriste James Grimmelmann (Cornell) lit comme un moyen possible de franchir des murs d'inscription.
Une collectivité est-elle concernée ?
Le texte ne prévoit pas d'exception : les conditions s'appliquent à la gestion d'une page et à l'usage de Meta Business Suite « quel que soit le type d'entité ». Une collectivité qui gère une page Facebook ou un compte Instagram paraît donc concernée, et son site pourrait être considéré comme « associé » au compte au même titre que celui d'un média. Aucun régulateur ne s'est encore prononcé sur ce point.
Sources
Les documents cités dans cet article
- Nieman Lab, « Meta's new commercial terms will allow the scraping of news sites, legal experts say », 15 octobre 2026.
- Nieman Lab, « Meta delays rollout of terms that would allow broad scraping of news sites. Legal experts are still skeptical », 23 octobre 2026.
- Begeek, « Les éditeurs contestent les nouvelles ambitions de Meta sur le web », 26 octobre 2026.
- Meta for Developers, « Robots d'indexation Meta » (user-agents et robots.txt), mise à jour du 21 mai 2026.
- Nieman Lab, « Legal experts warn Meta's new terms still grant broad scraping permissions, despite language changes », 17 octobre 2026.
- Meta, « Conditions commerciales », version applicable à partir du 20 novembre (en français).
- Autorité de la concurrence, « Droits voisins : l'Autorité de la concurrence prononce des mesures conservatoires », communiqué du 8 juillet 2026.
À lire aussi sur 6medias.com : Droits voisins de la presse : l'Autorité de la concurrence enjoint Meta de négocier et Droit d'auteur et IA : où en est la rémunération des œuvres.
Documents lus le 26 octobre 2026. Les citations des conditions reprennent la version française publiée par Meta ; celles du Nieman Lab sont traduites par la rédaction. Le texte des conditions peut encore changer avant le 20 novembre : cet article décrit son état à cette date. Une erreur ? Écrivez à contact@6medias.com.
Éditeurs, marques et collectivités
Parlez-nous de votre projet
Deux minutes pour décrire ce que vous publiez : titres, rubriques, volumes, horaires. Votre demande arrive par e-mail à 6Médias ; un chef de rédaction vous rappelle pour en parler.
Merci, votre demande est bien reçue.
Un chef de rédaction vous rappelle pour parler de votre projet. Vous pourrez ensuite, si vous le souhaitez, demander une proposition chiffrée.