Actualité · Droit et économie de la presse · 8 octobre 2026Droit d'auteur et IA : où en est la rémunération des œuvres utilisées par les intelligences artificielles

Au 8 octobre 2026, ni le droit français ni le droit de l'Union ne prévoient de rémunération spécifique pour l'usage des œuvres par l'IA. Les paiements passent par des accords de licence négociés un à un, et trois pistes sont sur la table : la présomption d'utilisation votée par le Sénat, une contribution des fournisseurs proposée dans un rapport de l'Assemblée et le réexamen européen du droit d'auteur.

Des centaines de livres anciens empilés, vus par la tranche, formant un mur de papier dont seule la partie gauche est nette.
Livres empilés. Photo : Martin Vorel, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0 ; photo recadrée pour l'image de partage

Le point de départ

Une exception sans rémunération

Le droit européen autorise la fouille de textes et de données sur des contenus accessibles de manière licite, sauf si leurs titulaires s'y sont opposés : c'est la réserve de droits, ou opt-out. Cette exception ne prévoit aucune rémunération. Le règlement européen sur l'IA y ajoute des obligations de transparence pour les fournisseurs de modèles d'IA à usage général, dont le Bureau de l'IA de la Commission contrôle le respect, avec des pouvoirs d'exécution effectifs depuis août 2026.

Ce cadre, et la consultation que la Commission européenne mène jusqu'au 3 novembre 2026, sont détaillés dans notre article « IA et droit d'auteur : ce que la Commission européenne demande aux éditeurs ». Celui-ci porte sur la question suivante : qui paie, et comment ?

Source : Commission européenne, suite donnée à la résolution du Parlement européen sur le droit d'auteur et l'IA générative, SP(2026)07-27, 27 juillet 2026, pages 2 et 5.

Les accords

Des licences négociées un à un, aux montants non publiés

En avril 2025, le ministère de la Culture qualifiait encore de « rare » la conclusion d'accords de licence entre ayants droit français et développeurs d'IA générative. Quelques accords de presse sont publics ; aucun n'en donne le montant.

Le Monde précise que les revenus liés aux réponses des assistants sont « assimilés aux droits voisins » et donnent lieu à une répartition aux journalistes. La loi le prévoit pour les droits voisins : les journalistes et autres auteurs ont droit à « une part appropriée et équitable » de la rémunération des droits voisins.

Sources : ministère de la Culture, communiqué du 23 avril 2025 ; Le Monde, 13 mars 2024, 14 mai 2025 et 5 décembre 2025 ; AFP, communiqué du 16 janvier 2025 ; code de la propriété intellectuelle, article L218-5.

Les juges

Presse, droits voisins et IA : régulateur et juges entrent en scène

En mars 2024, en sanctionnant Google de 250 millions d'euros pour le non-respect d'engagements sur les droits voisins, l'Autorité de la concurrence relevait que son service Bard avait été entraîné sur des contenus d'éditeurs et d'agences de presse, sans les en informer. La question de savoir si ces usages relèvent des droits voisins « n'a pas été tranchée à ce stade », écrivait-elle.

Elle est désormais posée à la Cour de justice de l'Union européenne. Dans l'affaire C-250/25, qui oppose la société Like Company à Google Ireland, une juridiction hongroise demande si l'affichage par un assistant de textes partiellement identiques à ceux d'un éditeur de presse est une communication au public, si l'entraînement d'un modèle est une reproduction et, dans ce cas, s'il relève de l'exception de fouille. L'audience a eu lieu le 10 mars 2026 ; au 8 octobre 2026, l'affaire est pendante.

En Allemagne, le tribunal régional de Munich a jugé le 11 novembre 2025, en première instance, que la mémorisation des paroles de neuf chansons dans des modèles de langage et leur reproduction dans les réponses portaient atteinte au droit d'auteur, sans être couvertes par l'exception de fouille. Il a fait droit pour l'essentiel aux demandes de cessation, d'information et de dommages et intérêts de la société de gestion collective GEMA contre deux sociétés du groupe OpenAI.

Sources : Autorité de la concurrence, communiqué du 20 mars 2024 ; demande de décision préjudicielle C-250/25, JO C/2025/3039, et fiche InfoCuria consultée le 8 octobre 2026 ; Landgericht München I, communiqué 11/2025 (affaire 42 O 14139/24, en allemand). Voir aussi notre article sur les droits voisins de la presse et Meta.

En France

De la concertation à une loi en suspens

  1. Juillet 2025 : deux rapports

    Selon le rapport de mission publié par le Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique, l'opt-out « est insuffisant » et les conditions paraissent réunies pour un « marché des données équilibré ». Le 9 juillet, la commission de la culture du Sénat propose une réponse en trois temps : attendre la concertation ; en cas d'échec, instaurer une présomption d'utilisation ; en cas de nouvel échec, taxer le chiffre d'affaires réalisé en France par les fournisseurs et déployeurs d'IA.

  2. Novembre 2025 : fin de la concertation

    Lancée début juin par les ministères de la Culture et de l'Économie, elle s'achève fin novembre sur ce diagnostic : « le partage de la valeur ne se fait pas spontanément », selon l'exposé des motifs de la proposition de loi déposée au Sénat le 12 décembre 2025.

  3. Avril-juin 2026 : la présomption votée puis en attente

    Le Sénat adopte le texte le 8 avril, la commission des affaires culturelles de l'Assemblée le 2 juin. Inscrit le 11 juin en dernière position de l'ordre du jour d'une journée réservée à un groupe, face à plus de 100 amendements, il n'est pas examiné. Au 8 octobre 2026, il attend toujours la séance.

  4. Juillet 2026 : une contribution à l'étude

    Un rapport d'information de l'Assemblée recommande d'étudier une « contribution forfaitaire » des fournisseurs d'IA fléchée vers la création, non exclusive d'accords de licence.

Sources : ministère de la Culture, rapport du CSPLA, publié le 2 juillet 2025 ; Sénat, synthèse du rapport d'information n° 842, 9 juillet 2025, et proposition de loi n° 220 ; Assemblée nationale, dossier législatif et rapport d'information n° 2993, 1er juillet 2026, recommandation n° 15.

En Europe

Le Parlement demande, la Commission réexamine

Le 10 mars 2026, le Parlement européen a adopté, par 460 voix pour, 71 contre et 88 abstentions, une résolution non législative sur le droit d'auteur et l'IA générative. Elle demande à la Commission d'examiner une rémunération « immédiate, équitable et proportionnée » des usages passés, tout en s'opposant à une licence globale contre un paiement forfaitaire. Pour la presse, elle invite la Commission à évaluer des mécanismes pour que les fournisseurs qui « détournent manifestement de l'audience et des recettes » des médias d'information les indemnisent, en particulier les médias locaux et régionaux.

Dans sa réponse du 27 juillet 2026, la Commission indique préparer le réexamen de la directive de 2019, exceptions de fouille comprises, et étudier la nécessité de nouvelles mesures pour faciliter des licences garantissant aux titulaires de droits une rémunération qui tienne compte de la valeur marchande de leurs œuvres. Elle annonce aussi un examen de l'effet du droit voisin des éditeurs de presse et se disait sur le point de finaliser une étude sur un registre des réserves de droits.

Sources : Parlement européen, résolution du 10 mars 2026, paragraphes 7 et 21, et communiqué de presse ; Commission européenne, SP(2026)07-27, pages 2 à 4.

Ce que cela change

Ce que cela change pour une rédaction

  • Savoir qui détient quels droits. Articles de journalistes salariés, de pigistes, contenus d'agence, photos : un accord de licence suppose de pouvoir céder ce que l'on publie.
  • Exprimer sa réserve de droits. C'est la condition pour que l'exception de fouille ne s'applique pas, et souvent le point de départ d'une négociation.
  • Garder des traces. Conserver les réponses d'assistants qui reprennent vos articles : si la présomption est adoptée, un tel indice pourrait suffire à faire présumer l'usage, sauf preuve contraire, dans un litige civil.
  • Associer les journalistes. Les revenus traités comme droits voisins ouvrent droit à une part pour les auteurs, fixée par accord.

Pour un éditeur qui confie une partie de sa production à une agence de presse, la question des droits, usages par l'IA compris, mérite d'être réglée dans le contrat. Voir nos solutions pour les groupes de presse et éditeurs et notre offre de production éditoriale déléguée ; pour en parler, décrivez-nous votre projet.

Questions fréquentes sur la rémunération des œuvres par l'IA

Les fournisseurs d'IA doivent-ils payer pour utiliser des œuvres protégées ?

Pas automatiquement. L'exception européenne de fouille de textes et de données ne prévoit pas de rémunération, mais elle cesse de s'appliquer si le titulaire a réservé ses droits : le fournisseur doit alors obtenir une autorisation, souvent par un accord de licence.

Qu'est-ce que la présomption d'utilisation ?

C'est le mécanisme de la proposition de loi adoptée par le Sénat le 8 avril 2026 : dans un litige civil, une œuvre serait présumée utilisée par un fournisseur d'IA dès qu'un indice rend cette utilisation vraisemblable, sauf preuve contraire. Au 8 octobre 2026, le texte attend son examen en séance à l'Assemblée nationale.

Les journalistes touchent-ils une part des accords entre médias et IA ?

Quand les revenus sont traités comme des droits voisins, oui : l'article L218-5 du code de la propriété intellectuelle leur reconnaît une part appropriée et équitable, fixée par accord. Le Monde indique appliquer ce principe aux revenus liés aux réponses des assistants, dans ses accords avec OpenAI et Meta.

Que demande le Parlement européen ?

Dans sa résolution non contraignante du 10 mars 2026, il demande une rémunération équitable de l'usage des œuvres par l'IA générative, l'examen d'une rémunération des usages passés et une transparence totale sur les œuvres utilisées.

La justice européenne s'est-elle prononcée ?

Pas encore. L'affaire C-250/25, Like Company contre Google Ireland, porte sur l'entraînement des modèles et l'affichage de textes de presse dans les réponses d'un assistant. Plaidée le 10 mars 2026, elle est toujours pendante au 8 octobre 2026.

Sources

Les textes cités dans cet article

Éditeurs et agences de presse

Parlez-nous de votre projet

Deux minutes pour décrire ce que vous publiez et ce que vous souhaitez confier à une agence de presse. Votre demande arrive par e-mail à 6Médias ; un chef de rédaction vous rappelle pour en parler.

Votre demande est lue par Michel Barisano, directeur de l'information, Antoine Laquet, Sylvain Toiron et Barbara Leblanc, directeurs de l'information adjoints.

Les champs marqués d'un astérisque (*) sont obligatoires.
Votre projet en trois questions
Votre besoin (plusieurs choix possibles)
Ensuite, vos coordonnées. Aucune donnée n'est envoyée avant la dernière étape.
Vos coordonnées

Exemple : prenom.nom@entreprise.fr

Facultatif, pour être rappelé.

Devis personnalisé, sans engagement.

Vos informations sont traitées par DioraNews (6Médias) pour répondre à votre demande et, si vous le souhaitez, vous adresser une proposition. Les champs marqués d'un astérisque sont nécessaires pour traiter votre demande. Ces informations sont lues par la direction de l'information de 6Médias et par nos prestataires techniques (hébergement, messagerie), conservées trois ans à compter de votre demande ou du dernier contact venant de vous, et ne sont jamais vendues. Vous pouvez y accéder, les faire rectifier ou effacer, ou vous opposer à leur utilisation en écrivant à notre délégué à la protection des données, nathalie.bremner@6medias.com. En savoir plus : politique de confidentialité.