Actualité · Droit et économie de la presse · 5 octobre 2026Droits voisins de la presse : l'Autorité de la concurrence enjoint Meta de négocier

Le 8 juillet 2026, l'Autorité de la concurrence a ordonné à Meta, à titre conservatoire, de négocier de bonne foi les droits voisins avec l'APIG et la société DVP, qui compte des éditeurs et des agences de presse, et de leur transmettre sous quinze jours les données utiles au calcul. Les deux décisions font l'objet d'un recours ; la proposition de loi sur l'arbitrage de l'Arcom attend sa deuxième lecture.

Un smartphone et un stylo posés sur un journal imprimé.
Photo : Megan Lee, Unsplash (licence Unsplash)

La décision

Ce que l'Autorité a décidé le 8 juillet 2026

L'Autorité de la concurrence a rendu deux décisions de mesures conservatoires contre Meta Platforms Inc. et Meta Platforms Ireland Limited : l'une pour l'Alliance de la presse d'information générale (APIG, 26-MC-01), l'autre pour la Société des droits voisins de la presse (DVP, 26-MC-02). L'article L464-1 du code de commerce ne permet ces mesures qu'en cas d'« atteinte grave et immédiate », dans l'attente d'une décision au fond. Dans la décision rendue pour DVP, Meta doit :

  • négocier de bonne foi la rémunération due « sur l'ensemble des services de Meta », selon des critères transparents, objectifs et non discriminatoires, depuis le 1er janvier 2025 ;
  • communiquer par écrit, sous 15 jours francs, les informations listées par la décision ;
  • ne pas dégrader l'affichage des contenus concernés pendant la négociation ;
  • rendre compte à l'Autorité sous quatre semaines, puis chaque mois.

Ces injonctions valent jusqu'à la décision au fond, sauf fin anticipée, « notamment dans le cas d'un changement législatif ». Au 5 octobre 2026, chacune des deux décisions « fait l'objet d'un recours (affaire pendante) », selon le site de l'Autorité.

Sources : Autorité de la concurrence, communiqué du 8 juillet 2026 ; décision 26-MC-02, articles 1er à 5 et paragraphe 241 ; code de commerce, article L464-1 ; décision 26-MC-01.

Le contexte

Plus de droits voisins versés par Meta depuis début 2025

Meta avait signé deux accords, avec l'APIG en décembre 2021 et avec DVP en juin 2024, couvrant la reprise des contenus jusqu'au 31 décembre 2024 pour DVP et au 31 janvier 2025 pour l'APIG. Les négociations suivantes, engagées dès 2024, n'ont abouti ni sur le montant, ni sur les usages couverts, ni sur les services concernés : selon l'Autorité, les membres de DVP ne perçoivent plus de rémunération de Meta au titre des droits voisins depuis le 1er janvier 2025, et ceux de l'APIG depuis le 1er février 2025.

À ce stade de l'instruction, l'Autorité estime Meta « susceptible » de détenir une position dominante sur les services de réseaux sociaux personnels, et voit deux abus possibles : imposer sa propre méthode d'évaluation, refuser ou retarder les informations nécessaires. Meta a soutenu n'avoir « contourné aucune de ses obligations légales », a qualifié le différend de « désaccord commercial » et se présente comme un acteur marginal de la distribution en ligne des contenus de presse. L'affaire reste à juger au fond.

Source : décision 26-MC-02, paragraphes 48, 49, 80, 93 et 129 ; décision 26-MC-01, paragraphes 47 et 76 ; communiqué du 8 juillet 2026.

Les titulaires

Les agences de presse ont aussi un droit voisin

Le terme

Droit voisin de la presse

locution nominale masculine

Droit d'un éditeur ou d'une agence de presse d'autoriser la reproduction ou la communication au public, totale ou partielle, de ses publications de presse sous une forme numérique par un service de communication au public en ligne, et d'être rémunéré pour cette utilisation.

Code de la propriété intellectuelle, articles L218-2 et L218-4, issus de la loi n° 2019-775 du 24 juillet 2019.

La loi de 2019 vise expressément les agences de presse : celles de l'ordonnance de 1945 dont l'activité principale est « la collecte, le traitement et la mise en forme, sous sa propre responsabilité, de contenus journalistiques » (article L218-1). Les plateformes doivent leur fournir « tous les éléments d'information » nécessaires à une évaluation transparente de la rémunération (article L218-4). Ces droits peuvent être confiés à un organisme de gestion collective (article L218-3) : au 16 juillet 2025, le répertoire de DVP pour la négociation avec Meta comptait 309 éditeurs, 809 publications et 60 agences de presse.

Sources : code de la propriété intellectuelle, articles L218-1 à L218-5, version en vigueur au 5 octobre 2026 ; décision 26-MC-02, paragraphe 19.

La loi en discussion

Ce que changerait l'arbitrage de l'Arcom

La proposition de loi sur l'effectivité des droits voisins des éditeurs et des agences de presse, déposée le 21 janvier 2025, a été adoptée par l'Assemblée nationale le 26 mars 2026 et modifiée par le Sénat le 16 juin. Dans la version du Sénat :

  • une plateforme qui ne transmet pas les informations sous trente jours peut être visée par une injonction de l'Arcom, puis par une sanction jusqu'à 1 % de son chiffre d'affaires mondial ;
  • la négociation « satisfait aux exigences de la bonne foi », sans limiter la visibilité des publications ;
  • après trois mois sans accord, l'Arcom peut être saisie et fixer le montant dans les deux mois, sous recours non suspensif devant la cour d'appel de Paris ;
  • les titres inscrits à la commission paritaire des publications et agences de presse sont présumés être des publications de presse ;
  • éditeurs et agences communiquent aux organisations de journalistes les montants perçus depuis 2019 (article adopté dans les mêmes termes par les deux assemblées).

Transmis à l'Assemblée le 17 juin pour une deuxième lecture (n° 2928), le texte n'est plus retenu par la période de statu quo européenne, close le 22 septembre, comme le notait notre veille d'octobre. Au 5 octobre, le dossier de l'Assemblée ne mentionne aucune étape depuis la saisine de sa commission des affaires culturelles.

Sources : Sénat, texte n° 141 (2025-2026) du 16 juin 2026, articles 1er, 1er bis A et 1er bis ; Assemblée nationale, dossier législatif et texte adopté n° 250 ; Commission européenne, notification 2026/0312/FR.

Le cadre européen

Ce qu'a jugé la Cour de justice le 12 mai 2026

Interrogée par un tribunal administratif italien dans un litige entre Meta et l'autorité italienne des communications, la Cour de justice de l'Union européenne a jugé le 12 mai 2026 (C-797/23) qu'un droit des éditeurs à une rémunération équitable est compatible avec le droit de l'Union si elle est la contrepartie d'une autorisation que l'éditeur peut refuser ou accorder gratuitement, et si rien n'est exigé d'un fournisseur qui n'utilise pas ses publications. Le droit de l'Union ne s'oppose pas non plus aux obligations de négocier, de ne pas limiter la visibilité des contenus pendant la négociation et de fournir les données nécessaires au calcul, à condition que ces obligations et les éventuelles sanctions respectent le principe de proportionnalité ; il revient au juge italien de vérifier que sa loi remplit ces conditions. L'Autorité cite cet arrêt ; le Sénat dit avoir légiféré « dans le cadre fixé » par la Cour.

Sources : CJUE (grande chambre), arrêt du 12 mai 2026, Meta Platforms Ireland, C-797/23, dispositif ; communiqué de presse n° 69/26 (document non officiel de la Cour) ; décision 26-MC-02, paragraphe 47 ; Sénat, la loi en clair.

Pour les rédactions

Ce que cela change pour un éditeur ou une agence

Les données au centre

Décisions du 8 juillet comme proposition de loi font une large place à l'accès aux informations d'usage, que l'article L218-4 impose déjà de fournir aux éditeurs et aux agences.

Des comptes à rendre aux journalistes

Si la loi est adoptée, éditeurs et agences devront communiquer aux organisations de journalistes les droits voisins perçus depuis 2019.

L'inscription CPPAP comptera

Le texte du Sénat présume publication de presse tout titre inscrit à la commission paritaire ; les autres resteraient éligibles s'ils remplissent les critères du code.

Les agences aussi

Une agence de presse au sens de l'ordonnance de 1945, dont l'activité principale est la collecte, le traitement et la mise en forme de contenus journalistiques, est titulaire du droit voisin sur ses publications de presse, comme un éditeur.

La loi fait dépendre la rémunération, entre autres, des investissements humains de l'éditeur ou de l'agence et de l'importance de l'utilisation de ses publications (article L218-4). Pour parler de votre production avec un chef de rédaction, décrivez-nous votre projet ; nos solutions pour les groupes de presse et éditeurs détaillent ce qu'une agence peut produire pour vos titres. Sur un autre front du même débat, lisez notre article sur la consultation européenne sur l'IA et le droit d'auteur.

Questions fréquentes sur les droits voisins de la presse

Que sont les droits voisins de la presse ?

Ce sont les droits des éditeurs et des agences de presse d'autoriser la reprise en ligne de leurs publications par les plateformes et d'être rémunérés en contrepartie. La loi du 24 juillet 2019 les a créés aux articles L218-1 à L218-5 du code de la propriété intellectuelle, en transposant l'article 15 de la directive 2019/790.

Pourquoi l'Autorité de la concurrence a-t-elle prononcé des mesures contre Meta ?

Saisie par l'APIG et par DVP, elle a estimé le 8 juillet 2026, à ce stade de l'instruction, que Meta était susceptible de détenir une position dominante et d'en abuser en imposant sa méthode de calcul et en refusant des informations nécessaires, alors que ces éditeurs et agences ne perçoivent plus de droits voisins de Meta depuis début 2025. Les décisions font l'objet d'un recours.

Les agences de presse ont-elles droit aux droits voisins ?

Oui, la loi de 2019 vise les éditeurs et les agences de presse. L'article L218-1 du code de la propriété intellectuelle définit l'agence de presse concernée, et les plateformes doivent lui fournir les informations nécessaires au calcul. Au 16 juillet 2025, la société DVP comptait 60 agences de presse dans son répertoire pour la négociation avec Meta.

Où en est la proposition de loi sur les droits voisins ?

Adoptée par l'Assemblée nationale le 26 mars 2026 et modifiée par le Sénat le 16 juin, elle attend sa deuxième lecture à l'Assemblée. Elle confierait à l'Arcom le pouvoir d'exiger les données des plateformes et de fixer la rémunération en cas d'échec. Au 5 octobre 2026, aucune date d'examen n'apparaît au dossier législatif.

Les journalistes touchent-ils une part des droits voisins ?

Oui. L'article L218-5 du code de la propriété intellectuelle leur reconnaît une part appropriée et équitable de la rémunération perçue par les éditeurs et les agences, fixée par accord collectif, qui n'a pas le caractère de salaire. La proposition de loi ajoute une obligation de transparence sur les montants perçus.

Sources

Les textes cités dans cet article

Éditeurs et agences de presse

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