Actualité · Information et désinformation · 8 octobre 2026Fact checking : comment vérifier une information à l'heure de l'IA, de la recherche inversée à la provenance des contenus
Vérifier une information à l'heure de l'IA, c'est toujours remonter à la source et recouper. Les outils, eux, ont changé : la recherche inversée retrouve où une image a déjà circulé, la norme C2PA retrace l'historique d'un fichier, des filigranes signalent certains contenus générés. Aucun ne dit si une information est vraie : ils aident à le vérifier.
La méthode
Comment vérifier une information : cinq étapes qui ne changent pas
Trouver la source première
Qui a publié l'information en premier, quand, avec quels éléments ? La Déclaration de Munich demande de « publier seulement les informations dont l'origine est connue ou les accompagner, si c'est nécessaire, des réserves qui s'imposent ».
Recouper
Une information venue d'une seule source « a plus de chance d'être erronée, manipulée, mais également biaisée », rappelle l'Arcom. Le code de principes de l'IFCN, le réseau international des fact-checkers, demande de vérifier chaque élément clé auprès de plus d'une source nommée.
Remonter à l'image d'origine
Une recherche inversée montre si une photo ou une vidéo a déjà servi ailleurs. Viginum conseille de la faire « pour déceler si le contenu a déjà été utilisé dans un contexte différent ».
Lire la provenance du fichier
Métadonnées, informations C2PA, filigrane d'IA : quand elles existent, elles disent d'où vient un fichier et comment il a été modifié, pas s'il dit vrai.
Situer et dire ce qu'on ignore
Pour la charte du SNJ, le journalisme « consiste à rechercher, vérifier, situer dans son contexte, hiérarchiser, mettre en forme, commenter et publier une information de qualité ». L'urgence « ne doit pas l'emporter sur le sérieux de l'enquête et la vérification des sources ».
Recherche inversée
Recherche inversée d'image : ce que les outils trouvent, et leurs limites
Le principe : on soumet une image, et le moteur cherche où elle, ou une image proche, est déjà publiée. Chaque outil a sa logique, décrite dans sa documentation.
- Google Lens renvoie notamment des images similaires et « des sites Web contenant l'image ou une image similaire ». Dans la recherche Google, quand elles existent, les informations C2PA ou SynthID d'une image apparaissent sous « En savoir plus sur une image ».
- TinEye ne cherche pas les images qui se ressemblent mais les copies exactes, y compris « cropped, edited or resized » (recadrées, retouchées ou redimensionnées). Limite qu'il signale lui-même : il donne la date à laquelle il a trouvé une image, pas celle de sa première publication.
- Bing permet de trouver « des pages qui incluent une image » ; Yandex prévient que ses résultats dépendent des images qu'il a indexées.
- Pour la vidéo, le plugin open source InVID-WeVerify découpe une vidéo en images-clés et lance des recherches inversées sur plusieurs moteurs. Développé par AFP Medialab avec des partenaires scientifiques, dans trois projets de recherche financés par l'Union européenne, il en est à la version 0.93 (juillet 2026).
Aucun résultat ne prouve qu'une image est authentique : l'absence de copie antérieure peut aussi signifier que l'image n'a pas été indexée.
Sources : aide Google, « Effectuer une recherche à l'aide d'une image » et page sur les informations d'une image ; FAQ de TinEye ; aide Microsoft, recherche visuelle Bing ; aide Yandex ; fiche du plugin InVID-WeVerify et code source, version 0.93 du 28 juillet 2026.
Provenance
C2PA : l'historique d'un fichier, pas un certificat de vérité
Le terme
C2PA, ou Content Credentials
norme technique ouverte de la Coalition for Content Provenance and Authenticity
Une norme qui permet aux éditeurs, aux créateurs et au public d'établir l'origine d'un contenu numérique et les modifications qu'il a subies. Le fichier porte un « manifeste » signé : ses mentions décrivent par exemple l'appareil qui a pris la photo, les logiciels qui l'ont retouchée ou l'usage d'une IA.
Source : C2PA et explainer de la spécification 2.4 (avril 2026), traduction de l'auteur
La C2PA est claire sur ce que sa norme ne fait pas. Ces informations « do not provide value judgments about whether a given set of provenance data is 'true' » : elles disent seulement si elles sont bien formées, intactes et signées par un acteur de confiance. La provenance seule « cannot tell you whether the digital content is true, accurate or factual ». Elle peut aussi disparaître : à la question de savoir si ces métadonnées peuvent être retirées, la réponse officielle est « Yes it can ».
Côté outils, Google a annoncé le 19 mai 2026 la vérification des informations C2PA dans l'application Gemini, puis « in the coming months » dans la recherche et Chrome. Au 8 octobre 2026, sa normalisation à l'ISO est en cours (projet ISO/CD 22144, au stade du comité), sans publication.
Sources : C2PA, Explainer 2.4, sections 2 et 7 ; Google, annonce du 19 mai 2026 ; ISO, fiche du projet ISO 22144.
Contenus générés par IA
Filigranes et étiquettes : ce qu'ils signalent depuis le 2 août 2026
Les filigranes invisibles
SynthID, le filigrane de Google, est intégré aux images, vidéos, sons et textes générés par ses outils, de façon imperceptible. Le 7 octobre 2026, Google a ouvert son détecteur à tous, en anglais, pour les contenus créés par son IA ou par des partenaires dont OpenAI. Mais un résultat négatif ne prouve pas qu'une image est authentique : l'aide de Gemini précise qu'une image sans filigrane « a pu être créée par d'autres systèmes d'IA ».
Ce que l'AI Act impose
Depuis le 2 août 2026, l'article 50 du règlement européen sur l'IA oblige les fournisseurs de systèmes génératifs à marquer leurs sorties « dans un format lisible par machine ». Le règlement omnibus du 8 juillet 2026 laisse jusqu'au 2 décembre 2026 aux fournisseurs dont les systèmes étaient sur le marché avant le 2 août. Les hypertrucages doivent être signalés comme tels, tout comme les textes générés par IA publiés pour informer le public sur des questions d'intérêt public, sauf s'ils ont fait l'objet d'un « contrôle éditorial » et qu'un éditeur en assume la responsabilité (voir l'article sur l'AI Act et les contenus générés par IA).
Le code de bonnes pratiques publié le 10 juin 2026 sous l'égide de la Commission, d'application volontaire, prévoit au moins deux couches de marquage lisible par machine. Il précise que l'étiquette ne vise pas à renseigner sur la fiabilité d'un contenu, seulement sur « its artificial origin ». Un contenu marqué est artificiel ; il n'est pas forcément faux, et un contenu non marqué n'est pas forcément authentique.
Sources : Google DeepMind, SynthID ; Google, annonce du 7 octobre 2026 ; aide de Gemini ; règlement (UE) 2024/1689, articles 50 et 113 ; règlement (UE) 2026/1744, JO L du 24 juillet 2026 ; Commission européenne, code de bonnes pratiques sur la transparence des contenus générés par IA.
Ce que cela change
Ce que cela change pour une rédaction ou une marque
Le public s'inquiète davantage. Selon le Digital News Report 2026 de l'Institut Reuters, l'inquiétude face aux fausses informations progresse de 4 points, à 62 % en moyenne, et la confiance dans les réponses des assistants d'IA n'est que de 20 %, contre 37 % pour l'information en général (voir aussi ChatGPT est-il fiable pour s'informer ?).
- Montrer ses sources. Le code de l'IFCN demande de les donner avec assez de détails pour que le lecteur puisse refaire la vérification.
- Vérifier chaque image tierce. Recherche inversée, métadonnées, provenance, puis noter ce qu'on n'a pas pu établir.
- Ne pas confondre les outils. Un filigrane dit qu'un contenu est artificiel ; un manifeste C2PA retrace son historique ; seul le recoupement dit s'il est exact.
- Garder la main sur ce que l'IA produit. Le contrôle éditorial est aussi ce qui dispense un texte généré par IA de l'étiquette prévue par l'AI Act.
- Pour une marque : appliquer la même rigueur à ses contenus, qui affichent clairement leur nature.
Ce travail est celui d'une rédaction. Le desk d'actualité externalisé de l'agence 6Médias produit, 24 h/24, 7 j/7, des contenus sourcés, vérifiés et relus ; pour les entreprises, l'agence propose aussi du brand content écrit avec les méthodes d'une rédaction : sources, vérification, relecture. Pour en parler avec la direction éditoriale de l'agence, voir la page « Parlez-nous de votre projet ».
Questions fréquentes sur la vérification de l'information
Qu'est-ce que le fact checking ?
Le fact checking, ou vérification des faits, consiste à contrôler l'exactitude d'une information ou d'une affirmation : retrouver sa source première, la recouper avec d'autres sources nommées, vérifier les images et le contexte, puis publier le résultat avec ses sources, pour que le lecteur puisse refaire le chemin.
Comment faire une recherche inversée d'image ?
On soumet l'image, ou son adresse, à un moteur comme Google Lens, TinEye, Bing ou Yandex, qui cherche où elle ou une image proche a déjà été publiée. Pour une vidéo, on extrait des images-clés, par exemple avec le plugin InVID-WeVerify. Une absence de résultat ne prouve pas que l'image est inédite.
Qu'est-ce que C2PA ?
C2PA est une norme technique ouverte, aussi appelée Content Credentials, qui attache à un fichier un manifeste signé décrivant son origine et ses modifications, y compris l'usage d'une IA. Elle dit d'où vient un contenu, pas s'il est vrai, et ses métadonnées peuvent être retirées.
Peut-on savoir si une image a été générée par IA ?
Parfois. Un filigrane comme SynthID ou des informations C2PA peuvent le signaler, et le détecteur SynthID est ouvert à tous depuis le 7 octobre 2026. Mais l'absence de marquage ne prouve pas qu'une image est authentique : elle a pu être créée par un autre outil, ou ses métadonnées ont pu être supprimées.
L'étiquetage des contenus générés par IA est-il obligatoire ?
Dans l'Union européenne, l'article 50 de l'AI Act s'applique depuis le 2 août 2026 : marquage lisible par machine des contenus générés, et signalement des hypertrucages. Les systèmes déjà sur le marché ont jusqu'au 2 décembre 2026 pour le marquage. Un texte d'information soumis à un contrôle éditorial, sous la responsabilité d'un éditeur, n'a pas à être étiqueté.
Sources
Les documents cités dans cet article
- SNJ, Charte d'éthique professionnelle des journalistes (version de mars 2011) ; CDJM, texte de la Déclaration de Munich (1971) ; IFCN, Code of Principles.
- Arcom, module « IA et information : enjeux et outils pour un usage éclairé » (avril 2025) ; SGDSN, Viginum, kit de sensibilisation pour adultes (13 mars 2026).
- Documentation de Google Lens, TinEye, Bing, Yandex et du plugin InVID-WeVerify.
- C2PA, Explainer de la spécification 2.4 ; ISO 22144 ; Google DeepMind, SynthID, et billets de Google du 19 mai 2026 et du 7 octobre 2026.
- Règlement (UE) 2024/1689 (AI Act), article 50 ; règlement (UE) 2026/1744 du 8 juillet 2026 ; Commission européenne, code de bonnes pratiques (10 juin 2026).
- Reuters Institute, Digital News Report 2026, résumé (16 juin 2026).
Documents lus le 8 octobre 2026, en français quand une version existe, sinon en anglais (traductions de l'auteur). Les outils évoluent vite : cet article décrit leur état à cette date. Une erreur ? Écrivez à contact@6medias.com.
Vérification
Parlez-nous de votre projet
Deux minutes pour décrire ce que vous publiez et comment vos contenus sont vérifiés aujourd'hui. Votre demande arrive par e-mail à 6Médias ; un chef de rédaction vous rappelle pour en parler.
Merci, votre demande est bien reçue.
Un chef de rédaction vous rappelle pour parler de votre projet. Vous pourrez ensuite, si vous le souhaitez, demander une proposition chiffrée.